mardi 20 juin 2017

L’analyste politique togolais Komla Kpogli incendie Guillaume Soro et Alassane Ouattara : «Laissons Soro faire son cinéma. La fin du film arrivera tôt ou tard »


Il y’a quelques années qu’il n’a plus parlé de la Côte-d’Ivoire, pays qu’il connait bien pour avoir connu nombre de ses hommes politiques. Lui, c’est l’analyste politique Komla Kpogli, Secrétaire général du MOLTRA (Mouvement pour la Libération totale et le Reconstruction de l’Afrique). Quand nous lui avions demandé cette interview lors de son passage éclair la semaine dernière dans la capitale Allemande, l’homme a répondu sans hésiter par l’affirmative. Pour la nième fois, l’analyste politique met encore le doigt sur la tragédie ivoirienne et de ses acteurs. Pêle-mêle, il cite Alassane Ouattara dans le rôle de « l’élite locale formée pour collaborer à l’exploitation de l’Afrique ». Guillaume Soro pour l’analyste « a été armé et il est toujours armé. Il est une poudrière à lui tout seul... ». Emmanuel Macron n’est pas non plus épargné. Un condensé du drame ivoirien en un clic !


Lynx.info : Grosso modo, pourquoi Alassane Ouattara ne réussit pas, là où toutes les chances lui tendaient les bras : retour des bailleurs de fonds, cessation de la guerre, reprise de la diplomatie ivoirienne ?

Komla Kpogli : Votre question est curieuse. Qui connaissait la provenance et, par conséquent, la destination d’Alassane Ouattara ne pouvait penser un seul instant que le territoire de Côte d’Ivoire avait une quelconque chance d’être bien gouverné par lui. Ouattara est un pur produit de l’école coloniale occidentale. Il est le prototype même de ce que les coloniaux appelaient « l’élite locale formée pour collaborer à l’exploitation de l’Afrique ». Fait aggravant, Ouattara a été impérialement imposé à coup de bombardements et de massacres par ses tuteurs occidentaux accompagnés de leurs garçons de courses africains. Quant au « retour des bailleurs de fonds » et à « la reprise de la diplomatie ivoirienne », pour reprendre exactement vos mots, ce sont des oxymores pour désigner, d’une part, le retour des pilleurs et des profiteurs capitalistes qui ont vu leur appétit glouton un peu tempéré au temps du président Laurent Gbagbo ; et d’autre part, le rétablissement absolu des liens de sujétion et de vassalité entre le territoire de Côte d’Ivoire et les Euraméricains et leurs institutions dites internationales, là aussi desserrés un peu au temps du président Laurent Gbagbo. Ainsi, la petite et fragile parenthèse patriotique du président Gbagbo ayant été refermée de la plus sanglante des manières, la docilité complète, le suivisme diplomatique et la Côte d’Ivoire en tant que relais régional de l’impérialisme et point focal de la continuité coloniale sont rétablis. Gérard Longuet, ministre de la défense français, ne regrettait-il pas le fait que la base militaire française au Gabon ne pouvait pas être déménagée en territoire ivorien à cause de l’arrivée tardive de Ouattara au pouvoir ? Devant l’Association des journalistes de défense (AJD), le mercredi 16 novembre 2011, Gérard Longuet déclarait : « On aurait choisi Port-Bouët, en Côte d’Ivoire si Ouattara avait été en place plus tôt ». Ces propos répondent avec une clarté irréfutable à votre question.
Permettez que je dise quelques mots sur la cessation de la guerre dans le territoire de la Côte d’Ivoire. Evidemment que l’objectif de la guerre qu’était le renversement de la présidence de Laurent Gbagbo ayant été atteint, les armes devraient se taire pour que la nouvelle administration coloniale confiée au duo Ouattara-Soro s’installe. Mais c’est aller trop vite que de dire que la guerre est finie en Côte d’Ivoire. Les luttes de pouvoir et les frustrations venant des promesses non tenues vis-à-vis de la soldatesque locale qui a accompagné la reconquête de la Côte d’Ivoire s’expriment depuis et vont s’exacerber. Avec quel outil ces tensions s’expriment-elles ? Avec les armes. La guerre n’est donc pas finie. Alassane Ouattara et ses hommes de main manœuvrés depuis l'extérieur par les puissances coloniales pour détruire le gouvernement de Laurent Gbagbo et ses assises intérieures ont désormais militarisé la vie politique en Côte d'Ivoire. Ces gens, ont, par leur victoire sur le gouvernement du président Gbagbo, démontré à leurs troupes l’efficacité de l'usage du fusil comme arme de revendication socio-politique. Dans une vidéo diffusée sur Youtube le 2 avril 2011, nous disions ceci : "Alassane Ouattara et ses amis ayant habitué les compatriotes en Côte d'Ivoire à l'utilisation des armes se retrouveront tôt ou tard face à la contestation des mêmes (les frustrés et les insatisfaits de leur gouvernance) qui iront, à leur tour, chercher des armes pour venir les abattre ». L’histoire récente nous donne malheureusement raison. Et, nous ne sommes qu’au début de l’aventure.

Lynx.info : Pour nombre d’analystes, le drame ivoirien vient des élections successives avec des taux d’abstention très bas ajouté à un referendum qui a été pratiquement boycotté par les Ivoiriens. C’est aussi votre avis ?

Komla Kpogli: Eh bien, ces analystes ne savent pas de quoi ils parlent. Pourquoi ne disent-ils pas que quand le soleil est au zénith, il est nuit ou que lorsque l’obscurité la plus épaisse couvre la lune à minuit, il fait jour ? Cela pourrait être très intéressant comme analyses ou comme réflexions philosophiques. Non ! Sérieusement, la situation du territoire de Côte d’Ivoire est identique à celle de tous les autres territoires. Il y a certes des degrés de variation ici et là, mais le drame est pareil partout. Il vient du fait qu’il n’y pas d’Etat dans les territoires africains. L’élimination des négro-africains de l’Egypte pharaonique suivie de la lente déclinaison du peuple noire qui ensuite succombe aux razzias négrières industrielles transatlantiques pour finir carbonisés par la colonisation qui perdure, n’en déplaise aux fêtards des indépendances factices, voilà les clés pour comprendre d’où nous venons, où nous sommes actuellement et où nous nous dirigeons en tant que peuple. A chacune de ces étapes de l’histoire de notre peuple, les africains n’ont jamais eu le temps d’analyser et de tirer les leçons de l’épisode précédent avant d’être jetés violemment dans le scénario suivant. A chaque étape, nous subissons les évènements et les dominateurs ont toujours eu un temps d’avance sur nous. A la colonisation pure et dure ont succédé la démocratisation puis la mondialisation. Nous ne maitrisons rien dans tout ceci, car nous n’avons pas l’instrument collectif, l’Etat, capable de former le peuple et, si besoin, le diriger vers l’atteinte des buts préalablement définis. Chaque fois qu’un embryon de résistance apparaît à chacune de ces étapes historiques, il est vite étouffé et tué dans l’œuf. Sur toute la ligne, on a liquidé, massacré, découragé nos résistants et toutes les personnes qui ont toujours pensé qu’un peuple n’est maître de son destin que lorsqu’il s’organise sur son territoire de manière autonome. Dès lors le despotisme obscur, corrompu et petit bras est érigé en norme de gouvernement en Afrique dans le but d’immobiliser l’Afrique afin que ses veines soient toujours ouverts vers l’étranger. La peur est installée et on a créé l’école coloniale couplée aux religions pour cultiver l’esprit de notre peuple de sorte à en faire des êtres hydroponiques.
C’est cela qu’il faut pointer et corriger au plus vite en appelant les africains à un rassemblement agissant sous un leadership visionnaire et responsable. A défaut, nos morts d’aujourd’hui seront plus heureux que notre peuple de demain. Le monde ne fera aucun cadeau aux africains. Se battre de manière organisée pour reconquérir et remettre l’Afrique à l’endroit, tel est le défi que l’histoire globale nous impose.

Lynx.info : Dans une interview que Mme Odile Biyidi de l’association Survie nous avait accordée à Lynx.info, elle trouvait le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Haye utile pour l’éclosion de la vérité sur la guerre faite à la Côte d’Ivoire. Ce que le monde entier suit à la CPI lui donne-t-il raison ?

Komla Kpogli: C’est un point de vue.

Lynx.info : Et quel est le votre sur la question ?

Komla Kpogli: La vérité sur la destruction du gouvernement du président Laurent Gbagbo et sur les massacres qui ont soutenu l’installation du couple Ouattara-Soro ne viendra pas de la Cour pénale internationale (CPI). La CPI est un instrument aux mains des Occidentaux pour réprimer ce qu’ils considèrent être des « Mauvais exemples ». Les mauvais exemples, pour les Occidentaux, ce sont ces dirigeants qui veulent résister aux diktats et qui essaient de faire passer les intérêts de leurs peuples avant les intérêts économiques et politiques des maîtres du monde. Nous avons là une machine de guerre idéologique à des fins prioritairement économiques habillée en justice. C’est donc une mascarade qui se tient à La Haye. Si cela peut contribuer à ouvrir les yeux de certains africains, c’est tant mieux.
Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Les africains doivent en être bien conscients pour toujours. Cela signifie que tant que nous allons être du côté de la défaite, nous subirons toujours les lois de nos maîtres. Il n’y a qu’à voir comment les Bush, Sarkozy, Blair, Rumsfeld, Colin Powell, Obama, Clinton, Hollande, les gars de l’OTAN se pavanent les mains dans les poches dans le monde et de salles de conférences en universités pour comprendre ce qu’est la CPI. Lorsque ce sont les Guillaume Soro, Wattao et Alassane Ouattara qui se pavanent à Abidjan et de capitale en capitale à travers le monde alors que Blé Goudé et le président Laurent Gbagbo et bien d’autres militants patriotes croupissent en prison, chacun doit se faire une idée sur ce qu’est la « vérité blanche » attendue de La Haye.

Lynx.info : Dans une interview que vous nous avez accordée à Lynx.info en 2012 vous dite ceci : « Soro Guillaume ira le plus loin possible tant que l’ordre colonial sera en vigueur dans les territoires africains ». C’est ce qui explique sa sérénité toutes les fois qu’il est accusé dans le cas des écoutes téléphoniques ou soupçonné d’activer des mutineries dans son pays ?

Komla Kpogli: La capacité de nuisance de Guillaume Soro est immense car l’homme est adossé à des tuteurs puissants aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Soro a été armé et il est toujours armé. Il est une poudrière à lui tout seul, étant donné qu’il dispose de solides ramifications dans le pays, dans les pays limitrophes et en Occident surtout. Bien entendu, comme tout instrument fabriqué pour un objectif précis, Soro a ses fragilités. Mais pour le moment, nul ne peut le toucher sans que la situation explose. Il est surveillé par Ouattara et d’autres concurrents comme du lait sur le feu. Tout porte à croire qu’à terme, Soro sera liquidé comme l’angolais Jonas Savimbi longtemps utilisé par les Occidentaux qui finirent par le lâcher, car il avait joué sa partition et les intérêts eux demeurent tandis que les hommes et les alliances sont faits pour évoluer et changer au gré du temps et des circonstances. Le temps de Soro viendra.

Lynx.info : Guillaume Soro lance une opération tout azimut pour la réconciliation en Côte d’Ivoire. Cynisme politique d’un homme qui a revendiqué la rébellion, opportunisme sur les échéances électorales de 2020 ou mea culpa sincère d’un homme dont on dit que ses armes ont endeuillé des milliers de familles de ces concitoyens ?

Komla Kpogli: Consacrons-nous uniquement aux choses sérieuses, s’il vous plaît. Laissons Soro faire son cinéma. La fin du film arrivera tôt ou tard. C’est une constante de l’histoire que des hommes-instruments comme Soro Guillaume finissent là où ils ont commencé leurs activités de nuisance. Si ses propres tuteurs ne l’écartent pas, les Africains du territoire de Côte d’Ivoire, dans un sursaut patriotique retrouvé le feront tôt ou tard.

Lynx.info : Human Right Watch et Amnesty Internationale qui n’avaient pas été tendres avec le pouvoir de Laurent Gbagbo semblent être très effacés avec ces milliers d’ivoiriens qui croupissent depuis six ans dans les prisons sans jugement. Comment l’expliquez-vous ?

Komla Kpogli: Human Right Watch et Amnesty International sont des outils de domination impérialiste occidentale. Ce sont des organisations alliées des alliées de leurs pays et leurs intérêts économiques. Le fait qu’il arrive à ces organisations dites non gouvernementales de critiquer des régimes parrainés par leurs pays ne doit pas nous faire perdre de vue que l’objectif qu’elles visent c’est d’abord l’occidentalisation du monde au travers de l’ouverture de l’ensemble des sociétés aux règles de la démocratie telles que l’Occident les veut et aux droits de l’homme tels que l’Occident les décrète. Il n’y a pas plus formidables instruments de la bataille idéologique au service des intérêts économiques des grands groupes industriels, bancaires, financiers et commerciaux que ces ONG. A ce titre, elles soutiennent le bon camp en Côte d’Ivoire. Elles sont du côté du bon crime. C’est classique.

Lynx.info : Comment expliquez-vous que la coalition RHDP en Côte d’ivoire voire la société civile aient été absentes lors des mutineries ?

Komla Kpogli: Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) est un cache sexe destiné à couvrir un peu la nudité de l’Administration coloniale pilotée dans le territoire de Côte d’Ivoire par le duo Ouattara-Soro. Il s’agit de donner une coloration civilo-politique à cette reconquête militaire. Partant de là, il faut estimer que le RHDP subit plutôt les évènements et accompagne beaucoup plus qu’il les influence. Ce qui est certain, c’est que, dans la perspective de la présidentielle de 2020, ces gens travaillent activement dans l’ombre pour faire valoir auprès des vrais détenteurs du pouvoir de cooptation des dirigeants dans les colonies africaines qu’ils sont les seuls, se fondant sur le mythe Houphouët, à pouvoir pacifier durablement le territoire de la Côte d’Ivoire et y sauvegarder les intérêts français d’abord puis occidentaux.
Pour ce qui est de la société civile, disons que c’est encore une de ces trouvailles qui mystifient les africains. Ce terme peut tout désigner sans rien désigner. Si la société civile désigne les associations diverses et variées, alors elle a autant d’intérêts. Par conséquent, chacune de ses composantes essaient de tirer ses marrons du feu et les quelques condamnations exprimées par quelques-unes de ses composantes a posteriori ne changent rien à la donne. Si, par contre, la société civile désigne l’ensemble de la population non-armée, alors disons qu’elle subit les évènements. Dans tous les cas, un travail de remobilisation patriotique et de réorganisation s’impose nécessairement en Côte d’Ivoire.

Lynx.info : Pour le président Mamadou Koulibaly du parti (LIDER), Alassane Ouattara et son premier ministre ont choisi de résoudre le problème des mutineries a minima. Êtes-vous de ceux qui pensent que, la Côte d’Ivoire est assise sur un volcan ?

Komla Kpogli: Non, pas le territoire de Côte d’Ivoire. Mais Alassane Ouattara et sa clique, oui. Très clairement, ils sont assis sur un volcan puisqu’ils ont convaincu leur soldatesque que les armes constituent le plus court moyen d’obtenir tout, y compris le pouvoir suprême. Ils ont montré la voie qui est maintenant suivie et qui va l’être davantage par ceux qui ont contribué à leur accession au pouvoir. Ils ont mis le doigt dans l’engrenage et ils vont le payer très cher. Quant aux africains du territoire de Côte d’Ivoire dans leur ensemble, ils ont, à l’instar du continent entier, bien d’autres défis à affronter quoique celui des mutineries en constitue un.

Lynx.info : Pour le président français Emmanuel Macron : « La Côte d’Ivoire est un exemple de sortie de crise réussie et à ce titre un modèle pour beaucoup, en particulier dans la région ».

Komla Kpogli: Que voulez-vous qu’il dise, celui-là ? Il protège le pré- carré français dans le respect traditionnel du principe de la continuité de l’Etat. Quand un dirigeant français, en particulier, parle d’un territoire africain comme un bon exemple, c’est que son peuple doit être très mal en point alors que ses dirigeants doivent être particulièrement soumis. Ça également, c’est une constante de l’histoire. Conclusion : les propos de Macron sont sans importance aucune.

Lynx.info : Mr Komla Kpogli, je vous remercie

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info


mardi 2 mai 2017

UNE GENERATION BLANCHE

A force de refuser de nous regrouper autour d'un leadership puissant et responsable dans le but de reconquérir l'espace africain pour ensuite le remodeler à l'aune de notre histoire globale revue et corrigée, la génération d'africain.e.s née dans les années 1970-1980 risque très fortement d'être une génération blanche. Elle tutoie une probabilité confinant à la certitude d'être la génération qui aura le moins influencé la vie et le destin du continent africain. 


Encore 5 ans ou 10 ans, elle sera la génération de tous les renoncements, de toutes les fragilités, de toutes les trahisons. De deux choses l'une: Ou elle va plonger dans l'aigreur des gens qui n'ont pas agi au moment opportun, ou elle finira dans la jouissance morbide des gens qui n'ont jamais découvert jusqu'à la mort leur mission. Si elle ne prend pas conscience de cette situation ici et maintenant pour tenter de rattraper une petite partie du temps perdu, cette génération verra qu'elle aura traversé son époque sans y laisser sa marque et les enfants qu'elle accouche aujourd'hui la jugeront très sévèrement demain. Car, elle n'aura rien transmis de significatif à cette descendance qui affrontera les pires douleurs dans le monde qui vient et pour lequel les uns et les autres préparent les leurs, à l'exception notable de notre génération.

Komla Kpogli, S.G du MOLTRA

samedi 15 avril 2017

Quand la Chine tue l'esprit de créativité en Afrique.

En déversant ses produits industriels à coût extraordinairement bas parce que de piètre qualité en Afrique, la Chine, non seulement tue tout esprit de créativité que suscite le besoin chez un peuple, mais surtout la Chine fait en Afrique exactement ce qu'elle fit avant sa renaissance. La Chine avait pratiqué un protectionnisme intelligent bloquant sur son territoire quantité de produits industriels venant de l'extérieur. Cette politique a eu l'avantage de stimuler l'innovation interne qu'a organisé, supervisé et accompagné un gouvernement animé par de patriotes chinois convaincus de leur mission historique envers leur peuple.

C'est dire donc que les esprits qui clament sur tous les toits que grâce à la Chine, l'Afrique vit et se développe méconnaissent gravement les lois de l'histoire et surtout ce qui fait la force des nations. Ces esprits prennent la liquidation de l'Afrique par la Chine après son esclavage et sa colonisation par les euraméricains pour son "émergence". Quand on conjugue cette diarrhée de produits chinois extrêmement bas de gamme en Afrique avec les accords dits commerciaux tels que l'APE et de l'OMC signés par les enclos coloniaux abusivement appelés Etats africains, il est difficile d'être optimiste quant à la naissance d'une industrie réellement africaine.

Komla Kpogli

mardi 23 août 2016

Gabon: Un Sauveur nommé Jean Ping!

Refusant d'affronter sa réalité de servitude, l'africain louvoie et se dribble lui-même constamment. Cette attitude adossée à une panoplie de proverbes et de "sagesses populaires" autojustificateurs ne fait que retarder l'avènement d'une Afrique nouvelle reprenant entièrement sa place dans la marche du monde au profit de ses enfants. 
A trop vouloir contourner les difficultés inhérentes à la lutte pour la libération, les peuples asservis font le lit de leur propre servitude et assombrissent "intelligemment" l'avenir de leurs descendances. Et ceci, pour longtemps.

A trop vouloir contourner la lutte pour la libération, les peuples asservis rusent et s'accrochent à n'importe quel marchand d'illusions se proclamant converti à la cause du peuple. Tel est le cas d'une bonne partie de notre peuple du territoire de Gabon, territoire pétrolier de près de 2 millions d’habitants dessiné et implacablement maîtrisé, à l'instar d'autres enclos coloniaux abusivement appelés Etats africains, par la France et ses multinationales. Beaucoup dans ce territoire auraient trouvé dans la personne de Jean Ping, le "Sauveur", le "Changement" face à Ali Bongo, le continuateur de l'oeuvre coloniale de son feu père Omar Bongo.

Dans la phase historique que nous traversons depuis 3000 ans à présent, rien ne serait plus dangereux que de nous mettre un bandeau sur les yeux pour nous éviter de nous voir tels que nous sommes et surtout de voir les travaux d'Hercule qui nous attendent. Il faut le dire, et avec force, même en déplaisant aux laudateurs de celui qui "ferait mieux qu'Ali Bongo", que Jean Ping et Ali Bongo sont les deux faces d'une même pièce. C'est bonnet blanc, blanc bonnet. Elevés dans la même cour, Jean Ping et Ali Bongo sont de la même école pensée. Les deux disposent du même carnet d'adresse, des mêmes réseaux. L'identité a été si loin entre les Bongo et Ping que celui-ci avait épousé Pascaline Bongo, puissante fille d'Omar Bongo. Ministre de tout et de rien un nombre incalculable de fois sous Omar "Le Grand", Jean Ping fut finalement propulsé à la tête de la mascarade dénommée Union Africaine où, par opportunisme que par conviction profonde, il proposa une médiation comme alternative à la guerre ourdie par le trio Sarkozy, Cameron et Obama accompagné des boutefeux d'Israël et du Qatar contre la Libye de Khadafi. 
Seuls donc la naïveté et le manque de courage face à nos responsabilités devant l'histoire poussent les nôtres en territoire du Gabon à conclure que le premier "vaut mieux" que le second.

Le leadership de la rupture devant annoncer une Afrique nouvelle est manifestement loin d'ici. La faute n'est pas uniquement due aux occidentaux et aux autres puissances exerçant leur domination sur l'Afrique. La faute est aussi, sinon surtout, le fait des africains eux-mêmes qui refusent obstinément d'affronter la réalité qui est la nôtre.

Au moment où les clairons résonnent dans un certain milieu panafricaniste superficiel et de petits bras pour annoncer l'avènement du "changement" dans le territoire du Gabon, pénétrés du sens de l'histoire et de la gravité de la situation des africains, non seulement en Afrique mais aussi dans le monde, nous ne pouvons que faire nôtres les propos de Sankara qui, du haut de sa trentaine d'années, avait vu là où beaucoup de ses prédécesseurs préoccupés à lécher le maître ne pouvait pas voir: "L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère..."

Komla Kpogli

jeudi 18 août 2016

La lumière sur Rio vient des ténèbres.

Le Brésil est sous le feux des projecteurs ces derniers: les jeux olympiques 2016 s'y déroulent. 
Ce pays abritant 95 millions de noirs (Afro-brésiliens) est le deuxième "Etat noir" au monde après le Nigeria. Un pays extrêmement raciste, car marqué profondément par les razzias négrières transatlantiques et le colonialisme.
Rio de Janeiro était, en plus de 3 ports du pays, le plus grand de débarquement des noirs faits esclaves en Afrique. 
Les esclaves se sont révoltés plusieurs fois dans ce Brésil esclavagiste. L'une des plus célèbres révoltes, à la fin du XVIIe siècle, aboutit à la fondation d'une république noire au Pernambouc (nord-est du Brésil) : Palmares, dénomination donnée par les Portugais, alors que ses fondateurs l'avaient baptisée Angola Janga.
Plus au sud, à Salvador de Bahia, survient le 25 janvier 1835 une révolte d'une ampleur sans précédent : des esclaves, pour la plupart Yoroubas (originaires du Nigeria actuel), réduisent la ville en cendres. La menace que fait planer leur désespoir renforce le camp abolitionniste qui finira, le 13 mai 1888, par obtenir la loi Aurea (ou loi d'Or) mettant fin officiellement à l'esclavage au Brésil.

Dans le Brésil d'aujourd'hui, les "noirs", enfin, ceux qui sont conscients se battent toujours afin que ce pan de l'histoire sorte de l'oubli volontaire dans lequel il est plongé par l'élite dirigeante.

Komla Kpogli

dimanche 14 août 2016

Le Franc CFA a 70 ans: La Métropole souhaite un Joyeux anniversaire aux Colonies!

Que dire sinon souhaiter un "joyeux anniversaire" aux colonies africaines qui se croient toujours indépendantes "depuis les années 60". 

Nous n'avons pas honte. C'est normal, puisque beaucoup trop d'africains ne savent pas ou ne souhaitent pas savoir dans quel monde nous vivons et où nous nous dirigeons en tant que peuple dérouté de sa voie de progression naturelle et reprogrammé pour leurs besoins par les différents conquérants depuis 3000 ans à présent. Non seulement, 14 pays africains et les Comores conservent solidement et fièrement leur liens avec la Métropole par le biais du Franc CFA (Franc des Colonies Françaises d'Afrique rebaptisé astucieusement Franc de la Communauté financière d'Afrique), mais surtout la totalité du continent africain qui incarne avec fierté le visage de ses dessinateurs occidentaux garde ses barrière-frontières, les langues coloniales, le code vestimentaire du colon, les noms du colon, les religions du colon, l'école coloniale...L'ensemble du continent africain continue également d'être au service du colon avec des produits agricoles coloniales où le café, le cacao, "les fruits exotiques" et les fleurs ont une place de choix. Ce sont quasiment les seules cultures qui bénéficient des rudiments de l'Encadrement par des commis appelés "Encadreurs". Aussi, le continent africain continue-t-il de fournir à l'extérieur ses ressources naturelles pour des produits finis consomptibles. 
L'Afrique n'a jamais été autant sous colonisation qu'en étant "indépendante". D'ailleurs l'armée française et bien d'autres rappellent qui commande dans les enclos coloniaux africains. C'est dire donc que la colonisation se porte très bien, malgré les dénégations de plusieurs africain.e.s qui, gonflé.e.s par une sorte de fierté du dominé et du vaincu, répètent naïvement la propagande enseignée par le Maître à savoir que les territoires africains abusivement appelés "pays africains" sont indépendants depuis les années 1960.

La Métropole vous souhaite, à vous peuples bouffeurs du Franc CFA, un très "joyeux Anniversaire". 70 ans, ça se fête!!!! Allezzzzzzz!!! Toutes et Tous chantons et dansons: Indépendance chachaaaaa..."

Komla Kpogli

jeudi 16 juin 2016

Assassinat culturel et massacre: Soweto, il y a 40 ans.

Il y a 40 ans, Soweto explosait. Le 16 juin 1976, des milliers d'écoliers descendaient dans les rues du township pour protester contre l'Afrikaans (langue des colons hollandais) qui allait être imposé comme langue d'enseignement dans toutes les écoles noires. Cette langue est celle du colon et de l'oppresseur qui, en l'imposant ainsi, engage les Noirs sur un chemin de non retour vers eux-mêmes. La résistance des Noirs fut à la hauteur de ce projet d'anéantissement identitaire et culturel.
La police de l'Apartheid descend sur les lieux et massacre les manifestants, pour la plupart des enfants. Au bout du compte, environ 600 tués.
Aujourd'hui, majoritairement dans les territoires africains sont enseignées les langues suivantes: Français, Anglais, Allemand, Portugais, Arabe, ...Chinois. Beaucoup d'africains sont, par ailleurs, particulièrement fiers de ne pouvoir plus s'exprimer et faire exprimer leurs progénitures que dans ces langues.
Le massacre de Soweto a-t-il changé le cours de l'histoire au sein des territoires africains? A chacun de répondre!


jeudi 7 avril 2016

De la puissance des peuples.


C'est l'influence intellectuelle qu'un peuple exerce sur son espace qui détermine sa puissance parmi les nations. Si cette influence s'appuie sur un sol et un sous-sol profusément riche, alors ce peuple, sous la conduite d'un leadership avisé et responsable, peut se hisser au sommet de la chaîne humaine. Si par contre, ce peuple est dominé, se laisse dominer et subit l'influence totale des autres nations en se laissant dicter ses pas, il tombe en faillite durablement et les richesses contenues aussi bien sur son sol que dans son sous-sol deviennent pour lui d'immenses sources d'ennuis.
Un peuple doit, s'il est tombé sous la puissance des autres nations, lutter de toutes ses forces pour recouvrer nécessairement son double espace géographique et intellectuel comme les deux piliers incontournables de sa Reconstruction. Fort de ceci, le plus grand tort qu'un peuple puisse s'infliger dans la grande bataille de l'histoire consiste à refuser obstinément d'organiser et de canaliser ses forces contre les différentes machines et manoeuvres qui servent à l'immobiliser durablement.

Komla KPOGLI

mardi 9 juin 2015

« L’intelligence a quitté le Togo », KPOGLI Komla

Camus Ali de Lynxtogo.info a réalisé ce week-end un entretien avec M. Komla Kpogli, Secrétaire général du MOLTRA (Mouvement pour la Libération Totale et la Reconstruction de l'Afrique). Voici l’intégralité de cette interview dense et riche dans laquelle, M. Kpogli donne sa lecture sur la présidentielle d’avril dernier et les perspectives d’avenir aussi bien au Togo qu’en Afrique.
Bonne lecture.


Lynx.info : Bonjour compatriote Kpogli. D’abord, une question d’ordre personnelle. La famille Gnassingbé dirige le Togo depuis quarante-huit ans. Avez-vous une idée de ceux ou celles qui dirigent quant à elle la famille Gnassingbé ?

KPOGLI Komla : Les Gnassingbé au pouvoir dans le territoire du Togo sont de cette « élite indigène qui collabore à l’exploitation de l’Afrique ». Une « élite » fabriquée de toutes pièces par les colonisateurs en vue de maintenir l’Afrique et ses peuples dans le rôle de pourvoyeurs de matières premières de toute sorte et de consommateurs des produits finis venant des Métropoles. 
Si le père Gnassingbé 1er a régné par le fer, le feu et l’argent, le fils Gnassingbé 2 qui est la continuité de son géniteur utilise, précisément après le viol initial de 2005, le fer et le feu en ultima ratio. Tout est question d’héritage. Mais le successeur, aussi bien entouré que son prédécesseur, joue avec son époque. Il utilise des armes plus discrètes mais tout aussi redoutables : Aussi souvent que possible, Gnassingbé 2 renouvelle sa cour en y faisant venir des jeunes diplômés et qui savent manier le novlangue, cet art d’adopter un langage convenu et rigide dans le but de dénaturer la réalité ; il laisse les réseaux maçonniques et autres sectes prospérer et se voit remercier en retour ; il positionne des snipers qui veillent nuit et jour sur internet et les réseaux sociaux ; il utilise énormément le pouvoir de l’argent qui corrompt absolument ; il bâtit des réseaux de clients un peu partout ; il repère, recrute et fait monter des jeunes dans les quartiers, dans les villages et des villes à qui il offre des facilités de voyages et des opportunités dites d’affaires et il fait de ces jeunes qui « réussissent » et qui voyagent à Changaï, Hong Kong, Dubaï…des aimants devant attirer dans leurs escarcelles d’autres jeunes désirant eux aussi « réussir » ; il laisse une coudée assez franche à certains jeunes fidèles au sein de l’armée qui, profitant de leurs positions, disposent de sociétés de sécurité, de crédit à la consommation, de l’immobilier, de trafic de drogue, de communication… ; il a réussi à caserner des « journalistes » qui sont devenus ainsi des mercenaires de la plume et de la parole au profit de leur père nourricier, Gnassingbé 2.
Gnassingbé 2 sait adopter un langage courtois et larmoyant s’il le faut. Mais cette flexibilité tactique répond à une rigidité stratégique qui est de ne pas perdre le pouvoir tant que ne survient pas une insurrection populaire bien organisée.

Lynx.info : La durée au pouvoir d’un homme politique est la preuve de sa force sur ses adversaires selon Nicolas Machiavel. Cette loi s’applique-t-elle à Faure Gnassingbé ?

KPOGLI Komla : Dans une réflexion publiée en mai 2014, nous disions que Gnassingbé 2 dispose des moyens énormes de son pouvoir de nuisance. Nous énumérions alors certains de ces moyens. Mais ce qui fait véritablement la force de Gnassingbé 2 c’est la désorganisation collective chapeautée par une « Opposition » qui, par principe, analyse très mal la situation des africains du Togo dans un cadre africain resté colonial, étant entendu que les luttes pour l’indépendance des territoires africains furent court-circuitées par une épidémie de proclamations festives organisées par les Métropoles en faveur d’une « élite indigène » montée de toutes pièces. Et, là où les luttes armées aboutirent à l’indépendance, très tôt, des coups d’état, des rébellions et des irrédentismes ethnico-religieux montés en épingle décapitèrent la marche naturelle vers le progrès autonome. Dans cette ambiance, la force de ceux qui sont au pouvoir est essentiellement due aux maîtres à qui ils jurent loyauté à toute épreuve. La désorganisation collective cumulée à la détestation des esprits lucides et au manque de formation politique facilite le reste.

Lynx.info : Chez nos confrères de Jeune Afrique, Faure Gnassingbé dit qu’il ne veut pas s’éterniser au pouvoir. L’analyste politique que vous êtes y croit-il ? 

KPOGLI Komla : Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Comme nous le disions tantôt, Gnassingbé 2 et sa cour savent parfaitement manier la langue de bois et le novlangue. 
Mais, au-delà de ce constat de base, il faut dire que nous avons de gros problèmes au Togo. Puisque selon les chiffres mêmes des offices de Jean-Pierre Fabre, Gnassingbé 2 recueillerait 43,9% des suffrages exprimés contre 52,20% pour lui-même. Ce qui signifie que presque 4,5 sur 10 togolais qui s’étaient déplacés pour « voter » le 25 avril 2015 sont pour que le RPT continue à chaperonner le pays, après 50 ans de traversée du désert sous les Gnassingbé. Ceci est très grave et montre l’état de la conscience populaire face aux enjeux. Cette situation extrêmement préoccupante démontre que le travail de formation et de conscientisation n’est pas totalement fait, que ce qui était acquis est en train de se fondre sous nos yeux et que pas mal d’africains du Togo restent à convaincre sur le caractère absolument handicapant du système en place et ses alliés. 
Pour aller plus loin, ces chiffres issus, précisons-le, des services de Jean-Pierre Fabre, constituent une remise en cause de certaines croyances dont les causes ont besoin d’être analysées sereinement en vue d’en formuler les remèdes. Car, là, il s’agit d’une remise en selle du RPT et de Gnassingbé 2. Quelle en est l’origine ? Qui en portent la responsabilité ? Comment ? Pourquoi ? Au-delà de l’achat de consciences, de bourrage d’urnes et fraudes en tout genre, opérés par le RPT et Gnassingbé 2, il faut absolument se poser ces questions. 

Lynx.info : Selon vous, Faure Gnassingbé est-il conscient qu’on ne peut diriger un pays avec plus de la moitié des électeurs qui est restée chez elle le jour du vote ?

KPOGLI Komla : Avec votre raisonnement, peu de régimes politiques à travers le monde tiendraient. Il y a bien de pouvoirs mal élu et peu populaire qui gouvernent leur pays. Là n’est pas la question avec Gnassingbé 2. 
Pour Gnassingbé 2 tout est question d’apparence, de tromperie, de ruse et de violence ouverte ou diffuse. Etant donné que son pouvoir est la négation même de la volonté populaire, à l’instar de celui de son père dont il est le continuateur, il est évident qu’il se contrefiche totalement de ce que font les togolais le jour du vote-spectacle trompeur ou pas.

Lynx.info : Le troisième mandat que les Etats-Unis et la France refusent de voir en RDC avec Kabila Joseph voire au Burundi se fait au Togo avec un silence de la France. Comment vous l’expliquez ?

KPOGLI Komla : Ce qui guide la politique internationale telle que les Occidentaux la pratiquent depuis la nuit des temps, c’est ce qu’on appelle les intérêts. Partant de ce principe, aussi bien là où les pays que vous venez de citer revendiquent bruyamment le changement, que là où ils se taisent ou plaident en faveur de « la stabilité », ils poursuivent le même objectif. L’idée directrice de l’action ou de l’omission de ces pays et des autres qu’on nomme les « puissances émergentes » est la même. Il s’agit d’une constance : conserver le système de prédation et même l’améliorer, avec ou sans l’utilisation des populations et surtout de leur désir de changement afin d’obtenir ou pas des changements de personnes dans la continuité du système.

Lynx.info : Sur votre page Facebook, le monde entier lit ceci : « Quand Bolloré va bien, les africains se portent très très bien ! Quand Bolloré est rassasié, les Africains, le ventre vide, peuvent estimer avoir très bien mangé ». Mais, au Togo Bolloré construit des écoles et dispensaires…

KPOGLI Komla : Les vrais bandits savent que le moyen le plus efficace pour faire perdurer et élargir leur entreprise criminelle se trouve dans la redistribution d’une partie des fruits de leur rapine. C’est ainsi que bandits gagnent la sympathie et même la protection du public qui en est la victime.
L’empire Bolloré, c’est un chiffre d’affaires de 10,6 milliards d’euros en 2014. 
Présent en Afrique depuis 50 ans, Bolloré confisque littéralement les secteurs des transports (routiers, maritimes, ferroviaires), de l’énergie, de la communication, de la construction, de l’exploration des mines, de la distribution des produits de consommation, de la logistique en matière de santé, de la gestion des produits agricoles comme le café, cacao…Bolloré c’est aussi de gigantesques terres agricoles acquises en Afrique où les paysans sont chassés manu militari ou contre de maigres sommes d’argent dans des opérations d’achats obtenus par des manoeuvres dolosives, le tout protégé par les textes de l’OHADA que les africains considèrent naïvement comme une harmonisation africaine du droit des affaires, alors même que l’ancien ministre de la coopération Jacques Godfrain dit lui-même qu’il en est l’inventeur. Jacques Godfrain dit lui-même que l’objectif de son bébé OHADA consiste à faciliter le capital français voire occidental opérant dans les territoires africains. Malgré cela, des africains disent que ce sont eux qui l’ont inventée pour les intérêts africains. Passons !
Donc quand Bolloré prélève quelques millièmes de ce qu’il vole en Afrique pour offrir quelques bâtiments scolaires et sanitaires en Afrique, c’est qu’il s’achète les africains avec une infime somme de leur propre argent. Et ceci est tout bénéfique pour lui, car Bolloré apparaît ainsi aux yeux des africains naïfs et sans ambition comme un bon samaritain envoyé par le bon « Dieu des blancs » pour servir de l’eau à des « peuples primitifs », assoiffés dans le désert. 
La générosité du voleur qui prélève une infime partie, déductible d’ailleurs des impôts qu’il paye à son pays natal, de ce qu’il ravit à ses victimes par le biais de ce qu’on appelle naïvement ou cyniquement les « dons de Bolloré » n’est rien d’autre qu’une injure à l’intelligence humaine. Mais, il se trouve plein d’africains à vénérer ces « dons ».
Il faut qu’une nouvelle génération d’africains naisse et comprenne ce que sont les enjeux et pourquoi les Occidentaux et leurs « amis » émergents disent tous que « l’Afrique est notre avenir ». 

Lynx.info : Le plan B de Faure était visible avec le logiciel SUCCES, la France, la CEDEAO, Alassane Ouattara…Finalement l’échec de l’opposition à toutes les joutes électorales n’est pas aussi dû à un manque de lobby à l’international ?

KPOGLI Komla : Les africains doivent cesser de se mentir à eux-mêmes. Ceci est la condition première de leur renaissance. Cesser de se mentir à soi-même permet de faire le bon diagnostic et de se dire des vérités aussi cruelles soient-elles. 
Il faut le dire et le redire : il n’y a pas d’Etat en Afrique. Tant que les africains ne vont pas s’organiser autour d’un leadership alternatif, complètement à l’opposé des critères occidentalistes qui fondent la notion de leader dans l’Afrique actuelle, pour livrer un combat méthodique de libération, dans la discipline et dans toute la gravité requise, eh bien, nous allons continuer à nous mouvoir cyclothymiquement dans le vide. C’est vous dire qu’il relève de schizophrénie collective que de prétendre organiser des élections ou aller à des élections là où l’Etat n’existe pas encore. 
Ce qui est pompeusement appelé les Etats africains n’est rien d’autre que des enclos coloniaux ébauchés à la conférence de Berlin de 1884-1885 et définitivement élevés par des accords entre puissances coloniales sur le terrain africain à la suite des conquêtes militaires ayant décapitées les structures royales africaines et toute l’organisation sociale locale préalablement dynamitées surtout par des siècles précédents de razzias négrières transatlantiques.
Les oppositions africaines sont donc à venir. Elles sont devant. Les structures que vous appelez « Opposition » actuellement ne sont rien d’autre que des copies conformes du « Pouvoir en place ». La différence fondamentale entre les deux blocs résidant dans le fait que les uns sont au pouvoir colonial, alors que les autres se battent pour le capter. Encore que plusieurs couloirs d’argent, de fraternité maçonnique, d’alliances, de fréquentations et d’écoles de pensée facilitent l’imbrication des uns dans les autres.
Lorsque les oppositions authentiquement africaines naîtront, armées d’une vision stratégique et des tactiques adaptées au problème global de l’Afrique, il ne sera pas question d’un fameux « manque de lobby à international ». Il sera question plutôt d’organiser le peuple africain de quelque territoire qu’il soit afin qu’il fasse l’histoire pour ne plus avoir à la subir. Ceci implique un coût et des sacrifices. 
Les peuples qui paient courageusement et dans la discipline le prix de leur liberté sont ceux qui savent mieux l’entretenir et davantage ce sont ceux qui reconquièrent de haute lutte leur espace, dont la maîtrise est perdue à un moment donné de leur histoire, pour le rebâtir sur le roc de leurs valeurs endogènes revisitées. Laissons donc où ils doivent être le bluff et le ridicule qui nous font dire que si les élections trompe-l’œil ne débouchent pas sur le changement de personnes (dans la continuité du système) c’est parce que les « oppositions » autoproclamées en Afrique n’auraient pas fait du lobbying. Les faits montrent d’ailleurs le contraire de cette idée fausse à tout point de vue, car les « Opposants » n’ont de cesse de dire qu’ils ont des soutiens extérieurs, des partenaires à l’international et qu’ils effectuent régulièrement des tournées d’explication et de « lobbying » en Occident et ailleurs en Afrique.
Disons aux africains qu’ils n’ont rien à attendre du « lobbying à l’international ». Disons-leur qu’ils ont trop regardé vers l’extérieur et que de ce côté là, il n’y a que des loups à faire entrer dans la bergerie africaine déjà remplie d’anacondas et de hyènes dont les victimes ne sont plus à dénombrer. Disons leur enfin qu’il est plus que temps de s’autocentrer et de s’organiser en interne, avec nos propres armes avant tout pour nous libérer et redonner, après un travail acharné, structuré et organisé dans l’espace et le temps, à notre Afrique la place qu’elle mérite dans l’histoire de l’humanité.

Lynx.info : Après la France, c’est l’Eglise catholique qui félicite Faure Gnassingbé pour sa réélection. Peut-on dire en résumé que ce que la France et l’Eglise catholique veulent, le Togo le veut ?
KPOGLI Komla : Il ne faut pas donner de l’importance aux choses qui n’en ont pas. Qu’untel ou unetelle ait choisi de féliciter le crime ou de l’habiller d’une soutane blanche, peu importe. Tout ceci n’est que la traduction d’une petite partie des alliances que Gnassingbé 2 noue et a noué patiemment. Dans un texte daté du 09 mai 2014 et intitulé « Comment et avec quels moyens Gnassingbé II compte-t-il franchir le cap de 2015 et aller au-delà ? », nous montrions schématiquement ces jeux d’alliances. Vos lecteurs peuvent s’en référer.
Pour le reste, ce qui compte, à l’heure actuelle, c’est de travailler à faire émerger un leadership alternatif suffisamment éclairé et courageux pour conduire avec les moyens appropriés l’action libératrice et de reconstruction dans la discipline et la rigueur.

Lynx.info : Comment expliquez-vous que Faure Gnassingbé soit subitement pour une grande partie des opposants togolais plus fréquentable que Jean-Pierre Fabre ?

KPOGLI Komla : D’abord, bon nombre de ceux que vous osez appeler « Opposants togolais » ne sont qu’une bande de jongleurs, d’aventuriers, de menteurs et d’acteurs au sens théâtral du terme. La plupart sont des pantins qui tiennent des rôles sur une scène dressée à eux. Ce sont des professionnels du ventre qui camouflent toute leur misère dans les costume-cravates à deux sous. Ils n’ont pas d’idées. Et ils n’ont même pas conscience des défis que notre peuple doit relever. Pour s’en convaincre, il suffit de les écouter parler. L’amour que beaucoup parmi ces gens ont pour les africains du Togo s’évalue en billets de banque qu’ils encaissent après chaque vomissure sur un collègue « opposant ».
Ensuite, il y a une part de lâcheté dans tout ceci. Et, tant que la lâcheté n'est pas elle-même attaquée, elle trouve toujours de grandes vertus au crime. La lâcheté qui est parente à la courtisanerie bénit le crime et livre une attaque en règle contre toutes les personnes qui, maladroitement ou pas, le combattent.
Enfin, il y a là, comportement de chien du jardinier qui, ne pouvant pas manger de la laitue, empêche cependant les autres d’en prendre. Il s’est développé depuis les années 90, pour faire court, dans le territoire du Togo et ailleurs en Afrique, une mentalité de « si ça n’est pas moi, alors, que le tyran reste ». Cette mentalité est destructrice et elle le sera davantage. Car, à force de se tirer dessus au sein du camp des « Opposants », les seuls qui vont bientôt rester debout, si ce n’est d’ailleurs déjà pas le cas, ce sont Gnassingbé 2 et sa bande.
La vérité est que l’intelligence a quitté le Togo. Les personnes qui pensent et parlent tout aussi vrai que juste sont injuriées, ridiculisées, moquées, traînées constamment dans la boue ou ostracisées. Les habiles, les manœuvriers, les courtisans, les bêtes, les méchants, les trompeurs, les prédicateurs de « fais ce que je dis et non ce que je fais », les vendeurs d’illusions, les opportunistes, les rusés, les cyniques et les moralistes du « manges et tais-toi » ou du « toi aussi prends ce qui te tombe sous la main et tais-toi », ou encore du « le pays est comme ça quand nous sommes nés et ce n’est pas toi qui y changeras quoi que ce soit » règnent en maîtres actuellement au Togo. C’est un véritable printemps de la vermine que traverse le pays.
Vous pouvez être certain que lorsque la bible, le coran, les églises, les mosquées prolifèrent dans une société, c’est que la corruption morale et matérielle a déjà atteint le sommet et n’ira qu’en montant. Ca n’est que lorsque les africains reviendront à leurs valeurs culturelles intrinsèques qu’ils feront autre chose que ce qu’ils font actuellement.

Lynx.info : Pour l’ex premier ministre Agbéyomé Kodjo, l’échec de l’opposition était prévisible. Il justifie son argument par l’absence d’une candidature unique. Une candidature unique de l’opposition aurait-elle suffi pour chasser Faure Gnassingbé du pouvoir ?

KPOGLI Komla : Cette idée relève du pur sophisme. Elle est trompeuse. Il faut s’écarter de tout ceci et insister plutôt sur la vraie nature de la lutte que les africains, y compris ceux du territoire du Togo, sont appelés à mener. Il s’agit d’une lutte de libération. Toute idée d’élection qui aurait pu être gagnée si « l’Opposition » électoraliste avait positionné un seul candidat face au tyran est une banalité à raconter aux enfants pour les faire dormir. 
Il faut le redire : là où il n’y a pas d’Etat, c’est-à-dire un pouvoir organisé qui dirige un peuple de citoyens sur la base des coutumes et traditions codifiées sur un territoire, avec des sanctions prévisibles pour tous à l’appui, l’on ne peut parler d’élection. Mais, l’homme dont vous parlez étant de cette « élite indigène qui collabore à l’exploitation de l’Afrique », il est tout à fait normal qu’il considérât le territoire du Togo comme un Etat déjà constitué, fonctionnant normalement et où ceux qui sont au pouvoir n’y sont que par la volonté populaire. C’est une question de paradigme. Et c’est la raison pour laquelle nous disons aux africains de rechercher à présent un nouveau leadership qui ne soit plus celui en qui ils ont cru et continuent de croire, parce que fabriqué par l’école coloniale et l’industrie paperassière des « universités prestigieuses » occidentales d’où sortent des individus moulés, déglingués et largués en terre africaine avec une feuille de route consistant à rogner les pieds aux africains pour les faire entrer de force dans les chaussures libérales, néolibérales, socialistes, communistes, socio-démocrates transportées dans leurs valises. Les solutions pour l’Afrique ne viendront pas de la Sorbonne ou de Oxford.

Lynx.info : Vous croyez encore en la bonne volonté de Faure Gnassingbé à faire des réformes institutionnelles comme institutionnelles quand le président de la cour constitutionnelle parlait de son deuil dans une interview avant les élections ?

KPOGLI Komla : Les personnes qui récitent cette litanie de « réformes institutionnelles et constitutionnelles », « réformes institutionnelles et constitutionnelles » sous une tyrannie égarent notre peuple au Togo. Les Gnassingbé n’ont fait, ne font et ne feront aucune réforme. Si les « Opposants », « Leaders » qui chantent la litanie des réformes nécessaires ne cernent pas cette donnée première, il va de soi qu’au lieu d’être une part de la solution, ces « Opposants » soient plutôt une grande partie du problème. On ne peut suivre ou promouvoir des idées erronées et des personnes qui les portent tout en regrettant l’impasse dans laquelle elles mènent ou dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. A moins d’aimer l’automutilation, les africains du Togo ont le devoir de s’en désolidariser et travailler à faire monter au créneau un leadership alternatif qui replace la situation locale dans le contexte général d’une Afrique restée colonisée à la suite des indépendances fictives. C’est-à-dire, dans le cadre d’une lutte pour la libération à mener par les populations, avec les moyens et les structures qu’ils ont à leur disposition et portés à leur efficacité optimale par un leadership ayant une vision d’ensemble et les tactiques convenables, le tout avec un calendrier maîtrisé. 

Lynx.info : Comment expliquez-vous que même les recommandations de la commission Vérité réconciliation du prélat Nicodème Barrigah soit restées lettre morte ?

KPOGLI Komla : La nature du régime en place en est une raison.
L’autre en est qu’un peuple ne peut prétendre à la justice sans avoir d’abord l’Etat qui est une conquête. Le droit à la vérité des faits, à la justice, au compte rendu par les dirigeants au peuple qu’ils gouvernent ne tombe pas du ciel. Ce sont des conquêtes avant d’être des institutions constamment améliorées et renforcées. Sans avoir livré ce combat, a priori, un peuple ne peut que s’illusionner avec les rapports, recommandations et autres discours des commissions, des groupes de travail, des comités de ceci ou de cela mis en place par le tyran et ses alliés qui le régentent. Gnassingbé 2 et sa bande, en truands expérimentés pour qui l’apparence des choses est d’abord ce qui est recherchée, savent parfaitement que la mise en place de Commissions, comme celle de Monsieur Barrigah, est largement suffisante en soi pour eux. C’est une question d’image pour le régime. Tant pis pour les esprits qui, par malentendu, croient en une autre chose.

Lynx.info : Rodrigue Kpogli Merci

KPOGLI Komla : C’est nous qui vous remercions.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info, le 7 juin 2015